Welcome to the FOCAL archive

The Canadian Foundation for the Americas (FOCAL) is no longer in operation. This website documents FOCAL's activities and accomplishments throughout its existence. Thank you for your interest in the work of FOCAL.

La diaspora haïtienne : conscience et moteur économique

Kerlande Mibel

Actuellement, Haïti est un canevas de possibilités, d’opportunités et tous les spécialistes y sont allés de leurs recommandations respectives quant à la reconstruction depuis le 12 janvier dernier. Plusieurs se bousculent au chevet d’Haïti, mais il semble que ce pays n’ait pas encore su tirer profit de sa plus grande richesse, à savoir les ressources humaines issues de son sol. Le peuple haïtien incluant la diaspora doit prendre en main son destin.

Environ 80 pourcent des Haïtiens formés et éduqués vivent maintenant en dehors d’Haïti. Ceci constitue en soi un défi. Comment Haïti doit-elle se prévaloir de cette force et quel peut être le rôle de sa diaspora? Les expatriés haïtiens sont aux quatre coins du monde et contribuent à l’essor économique et social des territoires sur lesquels ils ont élus domicile; pensons seulement à ces professionnels qui ont fortement contribué à la société québécoise. Mais comment une telle diaspora si mouvante et hétérogène peut-elle contribuer efficacement à l’essor d’Haïti?

Une voix qui porte

Il est acquis que les Haïtiens et la diaspora doivent participer pleinement à la reconstruction. Dans un premier temps, la diaspora devra jouer un rôle de chien de garde ou plus précisément, de conscience pour veiller aux intérêts d’Haïti et de ceux qui y habitent.

Il serait faux de croire et quelque peu illusoire d’espérer que les pays amis auront la volonté de jouer ce rôle. Bien qu’ils compatissent sincèrement avec les victimes haïtiennes et leurs proches, leurs engagements sont d’abord et avant tout envers leurs pays, leurs électeurs, leurs intérêts. Il sera tout aussi important de s’assurer que les différents plans des institutions financières mondiales ne soient pas élaborés selon une logique inadaptée ou calquée sur un modèle inadéquat pour être ensuite imposés au peuple haïtien.

Qui pourra s’en inquiéter et oser critiquer en toute liberté? Le gouvernement haïtien, malgré ses velléités de souveraineté, semble avoir un lien de dépendance trop fort envers ces institutions pour critiquer le modèle imposé. La société civile aussi est trop occupée à panser les plaies pour consacrer beaucoup de temps à ces questions. De là toute l’importance d’avoir une diaspora vigilante qui veille aux intérêts d’Haïti.

Puis, il est à se demander qui questionnera les multitudes d’ONG qui opèrent en Haïti. Des millions viennent d’être attribués à ces organismes pour qu’ils fournissent une aide humanitaire suite à la catastrophe du 12 janvier. Quelles sont les garanties en ce qui concerne la bonne gestion de ces sommes colossales? Enfin, pour l’investisseur aguerri, Haïti représente une occasion en or; la question est de savoir s’il profitera de la vulnérabilité du gouvernement haïtien pour exploiter et spolier les ressources du pays. Il revient donc aussi à cette diaspora éduquée de porter un regard critique sur ce qui se passe en Haïti. Il est souhaitable qu’elle communique constamment et adroitement cette critique. Arriver à faire cela de manière constante et efficace serait déjà une prouesse.

Dans un second temps, la diaspora devra jouer un rôle économique non négligeable. Or, si la diaspora se vante et répète qu’elle injecte des milliards dans le PIB haïtien, force est de constater que le fait de transférer de l’argent à la famille ne contribue pas au développement macroéconomique et durable du pays.

Face aux différents enjeux et défis qui se présentent pour le pays, la création d’institutions et d’outils économiques permettrait à Haïti de se positionner sur la voie de la prospérité, selon une logique de rentabilité financière et de développement économique. L’État pourrait se doter de sociétés lui permettant d’investir dans des secteurs industriels porteurs tels que les énergies renouvelables, le tourisme et l’agriculture pour ne citer que ceux-là.

Les capitaux pour mettre en place ces institutions pourraient provenir en partie de la diaspora haïtienne. L’avantage est que ceux-ci n’étant pas accompagnés des contraintes des institutions financières mondiales, ils pourront permettre un développement économique stratégique. Les capitaux de la diaspora pourraient aussi soutenir la construction d’infrastructures et de projets structurants pour le pays.

De plus, la création d’incubateurs adaptés aux secteurs stratégiques serait aussi avantageuse pour la relance économique. Une fois mis en place, ils serviraient à la création d’entreprises, donc à la création d’emplois et à la valorisation de la main d’œuvre locale. Pour cela, il faudra des investissements massifs. La diaspora et le monde des d’affaires pourraient jouer un rôle considérable dans cet effort.

Par ailleurs, dans le moyen et long terme, la stimulation de l’entrepreneuriat local est la voie à privilégier pour la création d’emplois. C’est notamment l’occasion d’inclure l’éducation entrepreneuriale dans le curriculum scolaire.

Enfin, la diaspora peut également mettre à profit ses connaissances, son professionnalisme, son expertise et les différents réseaux créés à travers le monde pour que le secteur privé Haïtien prospère.

Une fierté à reconstruire

Le 12 janvier a marqué plus que jamais l’occasion de reconstruire la société haïtienne, de revoir les valeurs qui la gouvernent et de redéfinir son rapport à elle-même et aux autres. C’est l’occasion d’incarner l’héritage que les pionniers, les pères fondateurs tel que Louverture ou Christophe ont légué. C’est également l’occasion de se redéfinir en tant que peuple. La diaspora peut proposer une image positive d’Haïti et des Haïtiens.

Il est important que la fierté haïtienne se traduise dans les discours et les actions. Il y a toute une jeunesse, une génération qui a besoin de repères et de racines. Tous les membres de la diaspora ne pourront poser des gestes ostentatoires, mais chacun à sa manière doit changer le discours et les façons de faire. Nous avons vu ce changement dans le discours prendre son envol lorsque des auteurs comme Dany Lafferrière au Canada ou Edwidge Danticat aux États-Unis ont pris la parole pour mettre Haïti sous une lumière plus favorable. Des représentants gouvernementaux tel que Patrice Gaspard, conseiller du président Barack Obama, ou Michaëlle Jean, la Gouverneure générale du Canada, inspirent tous les membres de la diaspora et incarnent des modèles positifs vivants à la hauteur du legs des fondateurs haïtiens.

C’est le moment pour la diaspora et les Haïtiens de se libérer collectivement d’une certaine mentalité qui les maintient captifs d’une logique d’échec. Un proverbe dit que lorsqu’il n’y a plus de vision d’avenir, un peuple vit dans le désordre. Quelle sera notre vision? C’est aux Haïtiens et à la diaspora haïtienne d’en décider.blue square

Kerlande Mibel est présidente de la Jeune Chambre de commerce haïtienne de Montréal. Conseillère politique à la Ville de Montréal, elle possède plus de sept ans d’expérience en développement économique local, principalement en entrepreneuriat.


blog comments powered by Disqus
 
Comments Policy

Comments displayed in the Disqus forum are not the opinion of FOCAL, but of the commenter. Personal attacks, offensive language, false claims, solicitation and spam are not permitted.

Click "Flag" to report abuse to the moderator.

disqus_logo Privacy Policy

addthis AddThis Privacy Policy