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L’Amérique centrale et l’Union européenne scellent un Accord d’Association

Gabriel Coulombe

L’Amérique centrale a conclu un Accord d’Association avec l’Union européenne (UE) le 19 mai 2010, accord qui ne pourra toutefois être véritablement fonctionnel que si la région centraméricaine parvient à approfondir le niveau de son intégration multidimensionnelle. Toutefois, lorsqu’on considère les nombreuses divergences qui existent dans cette région par rapport à la volonté d’intégration par-delà la sphère économique, ce défi en est un d’envergure. Une consolidation du processus d’intégration s’avère pourtant fondamentale afin d’assurer la prospérité ainsi que l’insertion de l’Amérique centrale (AC) dans l’économie internationale face à un continent dominé par l’ALÉNA et le Mercosur.

À l’occasion du Sommet UE–AC tenu à Madrid en mai dernier, les deux régions ont finalement conclu, après trois ans de négociations, un Accord d’Association stratégique bilatéral. Celui-ci comprend trois piliers : le commerce, le dialogue politique et la coopération.

En matière de commerce, il s’agira essentiellement d’instaurer une zone de libre-échange entre les deux régions. Tel que le rapporte Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne au commerce extérieur, des études indépendantes avançaient qu’un accord de libre-échange entre les deux régions apporterait des bénéfices annuels pouvant aller jusqu’à 2,6 milliards d’euros pour l’Amérique centrale et jusqu’à 2,3 milliards d’euros pour l’Europe. Il est anticipé que le commerce entre les deux régions continuera de croître, conformément à la tendance qui a vu le volume des échanges pratiquement doubler en 10 ans. En 2009, le commerce entre l’AC et l’UE avoisinait les 6 milliards de dollars US, après avoir enregistré un recul provoqué par la crise économique mondiale. En ouvrant son marché aux 500 millions de consommateurs européens, l’AC a donc beaucoup à gagner sur le plan économique, alors que l’UE fera un pas de plus dans la diversification de ses partenaires commerciaux.

La composante politique, quant à elle, visera à établir un dialogue et à favoriser les échanges d’informations entre l’AC et l’UE par l’établissement de mécanismes institutionnalisés. Cela pourrait faciliter l’adoption de positions communes aux deux régions à propos de sujets d’intérêt international, tout en redorant le blason du multilatéralisme. En ce sens, tel que l’explique une étude de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) d’octobre 2009, bien que cet accord avec l’AC soit d’une importance relativement faible pour l’Europe, il devrait tout de même permettre au vieux continent de renforcer ses alliances stratégiques au sein des forums multilatéraux. De son côté, l’AC disposera d’un allié de taille qui lui donnera une autorité accrue dans la conduite de ses relations internationales.

Au niveau de la coopération, on entend notamment se pencher sur le développement de programmes de santé et d’éducation, la protection de l’environnement, l’amélioration de la sécurité, ainsi que la lutte contre le terrorisme, la corruption, le narcotrafic et le crime organisé. Ainsi, le volet coopératif a pour objectif de conduire à un développement social et économique soutenable et équitable pour les deux régions.

L’Accord doit maintenant être traduit dans les 23 langues officielles de l’UE et être soumis à diverses vérifications juridiques, ce qui fera en sorte qu’il n’entrera normalement en vigueur qu’en janvier 2011. Ultérieurement, la Commission européenne —qui a négocié le traité au nom des 27 pays de l’UE— demandera au Conseil des ministres de l’UE la permission de signer ledit texte, qui sera ensuite ratifié par le Parlement européen. Parallèlement, les congrès nationaux des pays centraméricains signataires ratifieront l’Accord d’Association.

Vers une intégration multidimensionnelle centraméricaine

Selon Juan Daniel Aleman, Secrétaire général du Système d’intégration centraméricain (SICA), institution qui agit à titre d’organisation parapluie regroupant des organes aux vocations économiques, politiques et juridiques, cet accord constitue un « événement historique au niveau international, étant donné qu’il s’agit du premier accord de région à région signé par l’UE avec une autre région du monde ». Un tel traité, en plus de créer une nouvelle dynamique de coopération entre les deux régions, contribuera directement à renforcer le degré d’intégration des pays membres du SICA l’ayant signé (Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama et Salvador).

C’est par le biais du Secrétariat de l’intégration économique centraméricaine (SIECA), organe économique du SICA, que les modalités de l’Accord d’Association ont été négociées. Il est toutefois important de noter que c’est directement avec les pays d’Amérique centrale, et non pas avec le SIECA en tant que tel, que l’UE a signé ce traité. Cela illustre bien le faible niveau d’intégration politique qui caractérise la situation centraméricaine.

En fait, loin d’avoir une vision strictement économique de son association avec l’AC, l’UE souhaite ainsi que l’entente contribue à une plus forte intégration multidimensionnelle de la région centraméricaine, ce qui faciliterait grandement les relations entre les deux régions. L’UE démontre d’ailleurs toute l’importance qu’elle y accorde en finançant une série de projets visant à renforcer l’intégration globale de l’AC.

Difficultés de l’intégration dans la région

Si la volonté d’intégration économique jouit d’une relative unanimité parmi les pays membres du SICA, il n’en va pas de même pour ce qui est de l’intégration politique et juridique. En effet, certains pays de la région sont frileux à l’égard de toutes formes d’intégration autres qu’économiques.

Pour s’en convaincre, il suffit de penser au Panama, qui occupait jusqu’au 30 juin la présidence tournante du SICA. Bien que ce pays soit très enclin à travailler à l’approfondissement de l’intégration économique dans l’isthme, son attitude par rapport à l’intégration politique est tout autre. En ce sens, rappelons que le Panama a annoncé, en novembre dernier, qu’il abandonnerait unilatéralement le Parlement centraméricain (PARLACEN) —organe politique du SICA—, et ce, dès novembre 2010. Dans les jours qui ont précédé cette nouvelle, le président panaméen, Ricardo
Martinelli, avait même été jusqu’à qualifier le PARLACEN de « tribune de perdants ». Le président Martinelli se défend de vouloir mettre à mal l’intégration régionale en invoquant l’exemple du Costa Rica qui est aussi membre du SICA, mais non du PARLACEN ou de la Cour centraméricaine de justice. Lors du Sommet UE–AC, le Panama a toutefois réitéré son intention de se joindre au SIECA, faute de quoi ce pays ne demeurera qu’un observateur dans les négociations avec l’UE.

Somme toute, les pays centraméricains devront apprendre à parler d’une seule voix, faute de quoi ils pourraient se voir contraints de renoncer à bon nombre de bénéfices que l’Accord d’Association pourrait apporter à la région. C’est une occasion en or pour l’Amérique centrale; il y a donc fort à parier que les pays de cette région sauront mettre de côté certains différends afin de permettre un approfondissement de leur intégration économique, politique et juridique. De plus, l’expertise européenne en matière d’intégration multidimensionnelle sera sans doute un élément déterminant qui contribuera au succès de ce processus.blue square

Gabriel Coulombe mène des recherches sur l’intégration économique pour le Centre d’études interaméricaines (CEI), groupe de recherche affilié à l’Institut québécois des hautes études internationales (HEI) de l’Université Laval. Il est aussi professeur de sciences économiques au Cégep de Lévis-Lauzon et directeur de Regard critique : le journal des hautes études internationales. Pour le contacter:gabriel.coulombe.1@ulaval.ca.


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