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Un rôle taillé sur mesure pour FOCAL

Joe Clark

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FOCAL voyait le jour il y a 20 ans dans le cadre d’une mise en valeur des Amériques dans la politique étrangère du Canada. J’étais à l'époque ministre des affaires étrangères, ou pour utiliser le titre plus grandiose, Secrétaire d'État aux Affaires extérieures. Comme pièce maîtresse de cette nouvelle politique, le Canada avait décidé de prendre son siège en tant que membre à part entière de l'Organisation des États américains (OÉA). Nous avions bénéficié d'un droit d'adhésion depuis la création de l'organisation en 1948, mais avions laissé notre siège vide, surtout sur la base de craintes liées à la possibilité qu’un rôle plus formel nous entraîne dans des litiges inutiles avec les États-Unis. 

Néanmoins, le Canada était actif et influent dans notre hémisphère depuis longtemps. Les banques et les entreprises canadiennes exploitant les ressources naturelles avaient déjà une présence importante dans la région, de même que les organisations non-gouvernementales. Malgré les pressions de Washington, le gouvernement de John Diefenbaker a maintenu les relations diplomatiques avec Cuba après que les États-Unis aient rompu les leurs. Dans les années 1970, le gouvernement de Pierre Trudeau a promu un « dialogue Nord-Sud » enraciné dans les Amériques. La présence du Canada était étendue et ses partenariats dans les Caraïbes étaient nombreux. Nos relations diplomatiques et commerciales avec plusieurs pays étaient bien établies. Puis de nombreuses organisations canadiennes jouaient un rôle essentiel dans la promotion de la démocratie à travers la région.

Poursuivant dans cette tradition, le gouvernement de Brian Mulroney a joué un rôle actif en Amérique centrale au cours des années 1980 en facilitant le processus de paix Contadora qui fut, en l’occurrence, couronné de succès grâce à l’implication des Casques bleus canadiens notamment. Malgré les quelques heurts que cet engagement a pu entraîner avec la politique de Washington, ils n’ont pas affecté les relations bilatérales entre nos deux pays sur d’autres fronts. Les efforts du Canada en Amérique centrale ont finalement démontré que notre pays pouvait parfois jouer un rôle plus constructif que les États-Unis sur certains enjeux régionaux. Ce constat a permis de comprendre que le temps était venu d’officialiser notre présence dans la région à travers une implication permanente dans l'OÉA, en plus de réaliser qu’il serait opportun d’encourager la création d'un organisme indépendant comme FOCAL qui soit capable d’informer et de mobiliser les Canadiens intéressés par les Amériques.

Aujourd'hui, FOCAL jouit d’une réputation solide et croissante dans la région en tant que source respectée d'analyse et de recherche. Le grand défi de l'organisation ne se trouve pas à l’étranger, mais plutôt au Canada même où trop peu d'attention est accordée à l'Amérique latine et aux Caraïbes. Pourtant, par sa géographie, son économie et ses institutions politiques, le Canada est clairement un pays des Amériques. Ceci étant dit, l'Amérique latine ne figure pas dans la mentalité des Canadiens, sauf pour quelques exceptions notables, et nos relations auparavant si étroites avec les pays des Caraïbes sont en perte de vitesse. Pourquoi? Que pouvons-nous faire pour changer la donne? 

Le Canada est un pays exceptionnellement international et notre diversité s’accentue à chaque jour. Nous dépendons fortement du commerce international et constituons à la fois une source et une destination importante d’investissements étrangers. Malgré notre richesse et notre isolement géographique, nous demeurons très vulnérables aux perturbations mondiales, qu’elles concernent les pandémies, les menaces terroristes, la traite humaine, le trafic de stupéfiants ou les défis liés aux changements climatiques. Lorsque interrogés, un pourcentage remarquablement élevé de Canadiens s'identifient comme des « citoyens du monde », beaucoup plus qu'aux États-Unis ou dans d'autres pays comparables. 

Pourtant, les Canadiens portent, en général, relativement peu d'attention à la politique étrangère officielle. Nous ne sommes ni animés par le gène missionnaire qui motive certains Américains à considérer leur pays comme « indispensable », ni par le principe de « noblesse oblige » qui domine dans les anciennes puissances coloniales, ni par le désir de nous affirmer sur la scène internationale comme le font les pays émergents. Les Canadiens acceptent que notre pays ait une influence et sont généralement favorables lorsque nos gouvernements prennent des initiatives internationales. En tant qu'individus, nous répondons de manière impressionnante aux catastrophes et le nombre de nos citoyens directement impliqués sur le terrain dans des initiatives et projets internationaux, qu’ils soient commerciaux ou humanitaires, est en croissance. Pourtant, la politique étrangère n’est que rarement évoquée dans les campagnes électorales et échappe aux débats nationaux. 

D’un point de vue proprement canadien, et au-delà de l'économie, la question de notre place dans le monde demeure. Nous sommes devenus de plus en plus intriqués aux États-Unis, notre partenaire principal. En même temps, l’émergence du Tea Party et d’autres mouvances politiques dans cette société révèle nos différences. Avec la croissance de l'Union européenne et la résorption des tensions géopolitiques ayant dominé l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), le Vieux Continent tourne son attention ailleurs, et le Canada ne fait plus partie intégrante de cette communauté comme autrefois. De plus, une relation étroite avec l'Asie apparaît actuellement comme une aspiration davantage qu'une réalité. 

Le reste du monde s’intéresse de plus en plus à notre hémisphère. L’exemple de l'Espagne est spectaculaire à cet égard. Ce pays accroît sa présence et son influence dans la région de façon significative, ouvrant par le fait même des portes à l'Union européenne. La Chine investit aussi dans les Amériques. Par ailleurs, les États-Unis préservent leur intérêt marqué pour la région et, ce qui est crucial pour le Canada, perçoivent notre rôle comme étant complémentaire plutôt que concurrentiel. 

Ceci dit beaucoup sur l'Amérique latine. L'autre question émergente dans la région concerne l'avenir des nations insulaires des Caraïbes. Ces pays sont importants pour le Canada en termes de liens historiques et leur résilience est cruciale pour la sécurité du Canada. Aujourd’hui, les petits états sont confrontés à des problèmes inusités, dont ceux d’ordre « naturel » liés aux changements climatiques et à l’augmentation du niveau de la mer, en plus de ceux liés à leur vulnérabilité au crime organisé. Bien que le Canada ait augmenté son aide au développement dans les Caraïbes depuis quelques années, la réalité est que ces pays reçoivent moins d'aide et d'attention de la part des grands pays que par le passé. Ce désengagement était apparent lors de la conférence sur le climat de 2009 à Copenhague et transpire aussi des politiques commerciales de pays amis autrefois plus bénéfiques, dont celles de l'Union européenne. 

Le gouvernement du Canada a déclaré que les Amériques représentent une priorité en politique étrangère. D'autres sont cependant mieux placés que moi pour discuter des modalités de cette initiative. Mais une chose est claire : pour que les initiatives canadiennes actuelles ou à venir dans les Amériques puissent avoir du succès, elles devront bénéficier d’un soutien plus actif, plus informé et mieux articulé de la part des citoyens canadiens. C'est un rôle que FOCAL a été conçu pour entreprendre et qui lui fournira d’excellentes opportunités pour les décennies à venir.

Le très honorable Joe Clark a été Premier ministre du Canada de 1979 à 1980 et Secrétaire d'État aux Affaires extérieures dans le gouvernement Mulroney de 1984 à 1991.


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