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La microfinance, un outil pour améliorer la situation des femmes en Haïti

Anne Gaboury

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Photo: Développement international Desjardins.
Photo prise à la Caisse Socolavim, membre de la Fédération Le Levier (Haïti).

Le 25 octobre 2010, la Ministre canadienne de la coopération internationale Beverley J. Oda dévoilait la Stratégie sur la croissance économique durable de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Pour aider les pays en développement à réduire la pauvreté, le gouvernement canadien entend notamment soutenir davantage le développement et la croissance des micro, petites et moyennes entreprises du secteur privé, en accordant une attention particulière aux entreprises gérées par des femmes, et renforcer les produits et services des institutions financières en plus d’accroître leur disponibilité. Il s’agit d’un engagement qui s’appuiera entre autres sur la microfinance et qui contribuera assurément à l’autonomisation et au bien-être économique des femmes haïtiennes, dont la vulnérabilité financière s’est accrue depuis le séisme de janvier 2010.

La microfinance au service des populations pauvres

Nul doute que l’amélioration de l’accès et de la diversité des services financiers est un stimulant important du développement du secteur privé des pays en développement. Outre l’accès immédiat aux services d’épargne et de crédit, il existe d’autres contributions importantes pour soutenir le développement du secteur privé. Citons-en quelques unes : le renforcement du secteur de la microfinance et de ses opérateurs, l’automatisation des opérations pour accroître la portée des institutions et restreindre les coûts d’accès et également le déploiement du financement à la petite entreprise agricole.  

Au-delà de ces outils pour favoriser l’accès des populations pauvres aux services financiers, la croissance économique des pays en développement ne pourrait se faire sans apporter une attention soutenue au développement économique des femmes. Les femmes des pays en développement font face à plusieurs difficultés pour assurer leur bien-être économique. Parmi les plus importantes, l’accès limité aux biens et ressources productives et à la formation nécessaire pour leur mise en valeur ainsi que l’inégalité de la répartition de la responsabilité économique, les femmes assumant un rôle prépondérant dans la prise en charge du foyer. Enfin, les femmes ne possèdent souvent pas un pouvoir économique ou politique équivalent à l’importance de leur contribution tant du point de vue de l’affectation que de l’utilisation des ressources. 

Vulnérabilité financière des femmes haïtiennes 

Dans les Amériques, la vulnérabilité financière des femmes est probablement la plus aigüe en Haïti. Avec un indice de développement humain le plaçant au 149e rang sur 182 pays, Haïti est le pays le plus pauvre de la région. Avant le séisme du 12 janvier 2010, 80 pour cent des Haïtiens vivaient sous le seuil de la pauvreté. Évidemment, la situation s’est détériorée à la suite du séisme : le pays aurait connu une chute de l’activité de 80 pour cent dans les semaines qui ont suivi, provoquant une hausse du taux de chômage, qui s’affichait déjà à 65 pour cent avant le tremblement de terre.

L’impact économique du séisme s’est cruellement fait ressentir auprès de la population féminine, les femmes haïtiennes étant financièrement beaucoup plus vulnérables que les hommes. Sur le plan économique, les femmes occupent la majorité des emplois informels et précaires du petit commerce en Haïti. Sur le plan familial, la proportion de ménages défavorisés qui ont des femmes comme chefs de famille s’élève à 39 pour cent. Face à la stagnation de l’économie et au manque d’opportunités d’emplois rémunérateurs pour les femmes, une situation exacerbée par le tremblement de terre de janvier 2010, certains n’hésitent pas à qualifier la situation en Haïti de féminisation de la pauvreté.

Le rôle de la fédération des caisses populaires haïtiennes Le Levier

Les institutions de microfinance (IMF) développent depuis plusieurs années des produits novateurs afin de favoriser la pleine intégration économique des femmes. En guise d’exemple, Développement international Desjardins (DID), une composante du Mouvement Desjardins, le plus grand groupe financier coopératif au Canada, appuie depuis 40 ans la création, le développement et le renforcement d’institutions financières dans plusieurs pays en développement. DID soutient aujourd’hui des partenaires coopératifs qui joignent plus de 6 millions de membres et clients dont près du tiers (32,6 pour cent) sont des femmes. Ce sont donc plus de 2 millions de femmes qui peuvent ainsi avoir accès à des services financiers grâce à l’appui de DID.

Dans le paysage financier de la microfinance en Haïti, la fédération des caisses populaires haïtiennes Le Levier, un partenaire de longue date de DID, est l’institution financière dominante. Le Levier regroupe 50 caisses populaires et 24 points de services additionnels. Réparties dans l’ensemble du pays, ces caisses fournissent des services d’épargne et de crédit à leurs quelque 363 000 membres, avec des retombées indirectes auprès de 1,5 million de personnes. En juin 2010, le réseau comptait 147 000 femmes membres.

Les services d’épargne, de crédit et de transferts de fonds offerts par Le Levier contribuent à l’amélioration de la situation économique des femmes haïtiennes et à leur autonomisation. Les progrès, bien que modestes, sont néanmoins réels, comme en témoigne Génia Patrice, commerçante et membre de la caisse populaire de Kotelam (Pétion-Ville) depuis plusieurs années. Patrice souligne que la caisse a contribué à réduire sa vulnérabilité en lui permettant de faire des réserves pour les moments difficiles. Elle qui gardait autrefois ses économies dans une armoire à la maison, s’exposant à des vols fréquents, a placé tous ses avoirs à la caisse où son argent génère maintenant des intérêts en toute sécurité. De plus, elle souligne que le recours avisé au crédit lui a permis de saisir des occasions d’affaires qui lui auraient sinon échappées, faute de moyens.   

La microfinance en Haïti permet ainsi aux femmes, souvent pauvres parmi les pauvres, d’améliorer leur situation et de mieux prendre en mains leur développement et leur bien-être économiques. La microfinance, à sa mesure, permet non seulement d’espérer mais de préparer un avenir meilleur pour les femmes entrepreneures ou les chefs de famille mais également pour les jeunes filles. Par exemple, en Haïti, le crédit scolaire permet aux enfants issus de familles défavorisées d’accéder à l’éducation par le biais de prêts destinés à payer les frais de scolarité à temps. À la rentrée 2009, huit caisses populaires haïtiennes offraient ce produit de financement et 27 écoles participaient au programme, permettant à des centaines de jeunes filles de fréquenter l’école. 

Bien entendu, il ne faudrait pas croire, loin s’en faut, que la microfinance est une panacée qui peut régler tous les problèmes des pays en développement. La microfinance ne pourra atteindre efficacement son objectif, assurer le développement des pays les moins favorisés grâce à un accès aux services financiers de base, qu’en complémentarité avec des politiques et des infrastructures adéquates et une volonté réelle et un engagement ferme de la part des États, tant ceux qui bénéficient de l’aide internationale que ceux qui la versent, de collaborer pour améliorer le sort des populations défavorisées.

Anne Gaboury est Présidente-directrice générale de Développement international Desjardins.


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