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L’humanitaire canadien dans les Amériques : à la recherche d’une identité

François Audet

L'aide allouée à la région révèle un manque d'objectifs concrets pour la prévention et la réduction des risques.

L'humanitaire canadien dans les Amériques, exception faite d’Haïti, se résume à peu de choses en comparaison avec les ressources déployées en Afrique ou en Asie du Sud-Est. Ceci reflète peut-être que les pays de la région sont mieux outillés tant sur le plan structurel qu’organisationnel pour faire face aux aléas et différents risques susceptibles de générer des catastrophes humanitaires. De plus, il apparaît que trop peu d’actions en matière de réduction des risques, de prévention des catastrophes et des changements climatiques soient envisagées.

Figure 1 : Dépenses humanitaires du Gouvernement du Canada par région (2008-2009)
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Source : Agence canadienne de développement international (ACDI), Rapport statistique sur l'aide internationale, 2008-2009

On observe depuis plusieurs années une certaine incertitude dans les priorités régionales du gouvernement canadien. Dans cette brouillerie s’opposent les continents africain et américain pour recevoir la mention « prioritaire » du Canada. À travers cette dynamique, on observe que si les Amériques semblent avoir obtenu la mention de « préféré », le continent reste l’enfant pauvre de l’humanitaire canadien. En effet, hormis Haïti, la région reçoit très peu de fonds dédiés à des activités humanitaires, correspondant à huit pour cent du budget total (voir Figure 1). Par exemple, la Colombie et le Pérou avec respectivement 4 et 0,8 millions de dollars, sont les deux seuls pays qui ont reçu des fonds comptabilisés « humanitaires » en 2008-2009 malgré les crises du Honduras et Cuba (ouragans) et de la Bolivie (La Niña). Les statistiques présentées dans le Rapport statistique sur l’aide internationale de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) de 2008-2009 semblent donc cohérentes avec la politique de concentration géographique issue du débat sur l’efficacité de l’aide.

Du budget total de l’aide canadienne, moins de 15 pour cent est comptabilisé dans la catégorie des « États fragiles et États frappés par une crise humanitaire ». Aucun pays des Amériques ne figure parmi les 20 principaux pays bénéficiaires de cette aide humanitaire, sauf pour Haïti qui arrive au dixième rang (voir Figure 2).

Figure 2 : Quinze principaux pays bénéficiaires de l'aide humanitaire canadienne (2008-2009)
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Source : Agence canadienne de développement international (ACDI), Rapport statistique sur l'aide internationale, 2008-2009

Mais est-il justifié de maintenir des activités humanitaires dans les Amériques? Il est évident que les niveaux de vulnérabilité ne sont pas les mêmes entre les continents. Par exemple, selon Maplecroft (2010), seule la Colombie et Haïti ont des niveaux de risques élevés dans l’hémisphère occidental. De même, la grande majorité des CAP, ou Processus d’appels humanitaires consolidés des Nations Unies, ne portent pas sur les Amériques. Néanmoins, la vulnérabilité liée aux changements climatiques, aux risques d’inondations et aux tempêtes tropicales est élevée pour les Caraïbes, l’Amérique centrale et certaines régions d’Amérique du Sud. Si on ajoute l’instabilité politique de certains pays (Honduras, Haïti, Colombie) et la polarisation économique dans presque toute la région, il apparaît logique que le Canada continue d’accorder une attention particulière aux Amériques —sans mentionner les intérêts géopolitiques liés aux ressources naturelles, à la sécurité régionale et à l’immigration qui ont une incidence à différents niveaux au Canada.

Les projets humanitaires financés depuis les dernières années sont généralement ceux mis en œuvre par des organisations canadiennes sur place. Capitalisant sur cette présence et dans une perspective de dépenses bilatérales rapides, les projets sont ainsi menés par des ONG canadiennes et parfois des agences onusiennes comme UNICEF au Honduras, ou le Haut Commissariat pour les réfugiés pour la Colombie. Également, on note qu’il y a peu de projets qui visent le développement des capacités en gestion de risques pour les institutions locales. Le programme de la Croix-Rouge canadienne « Initiative des premiers intervenants » est une bonne exception à la règle. Lancé en novembre dernier, ce programme vise à renforcer les sociétés nationales de la Croix-Rouge dans quatre pays d’Amérique centrale et des Caraïbes.

Mais reste qu’il n’y a que trop peu d’actions en matière de réduction des risques, de prévention des catastrophes et des changements climatiques. Surtout que les aléas climatiques constituent la principale cause des crises humanitaires dans la région (ouragans, tempêtes tropicales, sécheresses, inondations, etc.). Le Canada comme plusieurs autres pays donateurs tardent à déployer des mesures de soutien pour mitiger les effets du climat pour cette région. La réduction des risques et la prévention des catastrophes qui font maintenant consensus dans la rhétorique, tardent donc à se transformer en programmes et projets concrets.

Le cas d’Haïti, une situation extraordinaire, mais jusqu’à quand?

Haïti jouit d’une situation particulière dans la politique d’aide canadienne. Plusieurs analyses et documents officiels présentent une situation humanitaire complexe et mettent en évidence les défis auxquels est confrontée l’île. Ceux qui s’intéressent à Haïti savent que la problématique dépasse le tremblement de terre de janvier 2010, et que ce pays a été confronté à de multiples catastrophes environnementales et politiques depuis plusieurs décennies. Il est également raisonnable d’imaginer que l’instabilité demeurera dans les prochaines années, voire décennies. Malgré les efforts déployés et les fonds investis, la vulnérabilité socio-environnementale d’Haïti rend le pays susceptible aux catastrophes humanitaires. Dit autrement, la (re)construction d’Haïti prendra beaucoup de temps.

On reconnaît donc l’importance d’Haïti dans la politique canadienne, ainsi que sa situation stratégique en ce qui a trait à la sécurité régionale. Mais le Canada qui s’y est engagé avec des ressources substantielles le fera-t-il de façon conséquente dans la durée? Cette question est fondamentale, tant pour le Canada que pour Haïti. Le cas échéant, la politique de communication du Canada et des organisations qui participent à sa reconstruction doit être revue afin d’informer les Canadiens sur les défis et les délais susceptibles d’affecter la réponse en cours et qui pourraient remettre en question les engagements qui ont été pris.

Mais au-delà des investissements et des efforts réalisés dans la reconstruction, le contexte actuel est une conjoncture cruciale pour les relations internationales et la représentation diplomatique canadienne. Est-ce que le Canada donne les moyens à sa fonction publique pour remplir son mandat adéquatement? Est-ce que le rôle et la participation du Canada au Comité intérimaire pour la reconstruction d’Haïti sont à la hauteur de ses investissements? Le fait qu’il n’y ait pas de délégué ou d’envoyé spécial pour un dossier aussi important laisse supposer que les jeux de coulisses, si importants dans ce genre de contexte, se feront sans l’influence du Canada.

Dans tous les cas, que pouvons-nous retenir de l’action humanitaire du Canada dans la région des Amériques? Premièrement, que mis à part Haïti, la région n’est pas privilégiée pour les questions de gestion des désastres. Également, malgré l'interdépendance régionale en ce qui a trait aux aléas climatiques, l’approche canadienne se cantonne à la « réponse d’urgence », au lieu de miser sur la prévention et la réduction des risques. Enfin, Haïti est la priorité régionale et l’un des pays de haute importance pour la politique étrangère canadienne. Néanmoins, une meilleure coordination des initiatives canadiennes et une implication diplomatique à la hauteur des investissements sur le terrain seront nécessaires pour répondre aux attentes. Le fait est que l’humanitaire canadien en général, et celui dans les Amériques en particulier, est encore à la recherche de son identité. Le Canada doit encore mieux cerner son rôle en matière humanitaire. Cela devrait lui permettre de préciser quelles sont ses priorités et comment maximiser l’impact de son financement.


François Audet est Directeur exécutif de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire (OCCAH) affilié au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM). Il est également chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes de l’Université du Québec à Montréal.



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